Les serviettes de bain (Nouvelle)
Goliathus
Synopsis
Voici la magnifique couverture du prochain numéro de L’Ampoule une œuvre inédite du street-artiste bordelais A-MO, intitulée « Le passage ».
Ce numéro 18 contiendra ma nouvelle "Les serviettes de bain" Ma 5e participation à la Revue.
Patience : Le numéro paraîtra le 15 décembre prochain. L'annonce du sommaire et ouverture des précommandes dans quelques jours).
Genèse
Mon texte est apparu à la conjonction d'un appel à textes sur le thème du "double" et d'un souvenir d'enfance en Poitou.
Synopsis
Tout est parti d’une mythologie domestique inventée par l’enfant que j’étais : chez nous, les serviettes de bain n’avaient pas le droit de quitter la salle d’eau. À partir de cette règle absurde et rituelle, j’ai voulu interroger les frontières invisibles qui ont façonné mon enfance : celles du corps, de la pudeur, de la foi et du regard des autres. Le jour où un caméscope familial est entré dans notre maison, j’ai découvert mon propre double, ce reflet objectif et impitoyable que renvoie l’image : celui qu’on voit de l’extérieur, celui qu’on croit connaître. Ce moment de révélation — à la fois cocasse, cruel et fondateur — m’a confronté à la supercherie du visible, au trompe-l’œil de l’identité.
Sous le vernis du réalisme domestique, j’ai cherché à écrire une fable intime sur la dissociation, la honte, et l’émancipation de celui qui apprend enfin à franchir le seuil interdit.
Extrait
Eté 88
La chaleur tranquille de l’été 88 coule au milieu des vacances. Je regarde la rivière au fond du paysage, elle ressemble à une longue couleuvre miroitante aux écailles vert-brun ; les saules y trempent leurs feuillages argentés ; les aulnes produisent un vert plus sombre que les ormes champêtres et pourtant ce sont les ormes qui vont périr la décennie suivante, de la graphiose, une maladie provoquée par les amours d’un champignon et d’un petit insecte xylophage. Il y a, ici et là, des moutons, quelques chèvres, un âne pour ajouter des taches blanches ou d’un gris douteux. Le regard dirigé vers le nord-nord-ouest accroche les silhouettes de béton des tours hyperboloïdes de la centrale de Civaux, qui ne crachent pas encore de faux nuages. Tout est paisible. J’ignore comment va le monde.